EDF soupçonnée de trafiquer ses comptes : Greenpeace porte plainte

La semaine dernière, Greenpeace révélait que le bilan actuel d’EDF donne donc une idée trompeuse de l’état de santé financière du groupe. Ce constat ressort d’une étude rédigée par le cabinet d’analyse financière AlphaValue et commandée par Greenpeace. Nous continuons de lutter pour que la lumière soit faite sur l’état réel du nucléaire en France : nous attaquons EDF et son PDG Jean-Bernard Lévy pour délits boursiers. Bilan inexact, diffusion d’informations trompeuses : la gravité du sujet exige plus de sérieux et de transparence.

 

EDF crop

Comptes d’EDF : une sincérité plus que douteuse

EDF dissimule une grosse partie des coûts qu’elle devrait provisionner: entre 50 et 70 milliards d’euros pour le démantèlement et la gestion des déchets nucléaires. Par ailleurs, le fragile géant de l’énergie, qui persiste dans sa fuite en avant sur la prolongation des réacteurs, prétend dans son rapport semestriel de juin dernier pouvoir exploiter ses réacteurs jusqu’à 50 ans au lieu de 40. Une hypothèse loin d’être acquise pour l’ASN, gendarme du nucléaire en France.

Une plainte déposée au nom de l’intérêt général

Pourquoi mettons-nous en cause la sincérité des comptes de l’entreprise ? Pourquoi est-il important de lever le voile sur sa situation financière réelle ? Cette démarche va dans le sens de l’intérêt général. La situation financière d’EDF renvoie directement à la capacité de l’entreprise à investir dans la sûreté nucléaire.

Si l’entreprise n’a pas les moyens de sa politique nucléaire, a fortiori dans un contexte d’anomalies qui se multiplient sur le parc français, ce sont tout simplement des incidents plus nombreux qui nous attendent. La sûreté du nucléaire en France nous concerne tous.

En masquant la réalité de la situation financière extrêmement dégradée d’EDF, ce sont les actionnaires, les investisseurs mais aussi et surtout les citoyens français qui sont induits en erreur par EDF et son PDG Jean-Bernard Lévy. Avec cette plainte, c’est  le régime d’exception dont profite EDF, notamment sur le terrain financier, qui est dénoncé.

EDF n’a plus les moyens de sa stratégie nucléaire

 

 

Cette plainte s’inscrit dans la continuité de plusieurs alertes lancées par la Cour des comptes sur les coûts de production de l’électricité nucléaire. Nous ne sommes pas les seuls à le dire : à bien des égards, le parc nucléaire français est en bout de course.

Pendant ce temps, le PDG de l’entreprise, Jean-Bernard Lévy, a quant à lui attesté que les comptes publiés en juin dernier donnent une image fidèle de la situation d’EDF…

C’est donc également la responsabilité de la société et de ses dirigeants d’EDF qui est en cause. La stratégie nucléaire d’EDF est une impasse. Il est absurde que le groupe s’y accroche : il est même désormais établi que la fermeture des réacteurs lui serait bénéfique

 

Il est temps que les autorités judiciaires se prononcent sur ces pratiques boursières frauduleuses. Fini les cachotteries et les petites affaires réglées entre amis de la grande famille du nucléaire français : la sûreté nucléaire nous concerne tous et la lumière doit être faite sur le sujet au plus vite.

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3 commentaires pour « EDF soupçonnée de trafiquer ses comptes : Greenpeace porte plainte »

J avais lu un article sur la situation d EDF qui nous informait que EDF s etait engagee dans une demarche de devenir le leader et premier fournisseur d energie au niveau planetaire ce qui a declenche les ambitions des uns et des autres y compris avec la complicite du gouvernement le monde des affaires et des professionnels de la politique etant intimement lie du fait des ambitions personnels des uns et du desir pour le pouvoir des autres ceci constitue une atteinte au respect des peuples et de notre environnement tout ceci pour le benefice des plus puissants il y a environ sur notre planete un peu plus de 500 multinationales qui detiennent plus de la moitie des finances mondiales en conclusion si les peuples n eveillent leurs consciences je pense a la fin de notre civilisation sachant que la terre avec ces 4 320 millions d annees poursuivra sa course avec ou sans nous

Bravo pour cette belle action. L'énergie nucléaire est dangereuse pour la planète, le fait est amplement prouvé et j'admire votre administration pour son courage et lutte. Maintenant, puisque vous semblez être assoiffé de justice, auriez-vous assez de libre-pensée pour répondre à cette interrogation: pourquoi votre omerta sur l'incidence de l'élevage et de l'alimentation carnée sur le réchauffement climatique ? Ne pensez-vous pas que c'est au moins aussi crucial que le budget d'EDF ? (cf http://www.greenpeace.org/canada/fr/blogue/Blogentry/en-rponse-aux-questions-sur-cowspiracy/blog/52754/). Quoiqu'il en soit, merci d'exister et mille bravos pour vos actions !

L’étude d’alpha value prend en compte toutes les hypothèses pessimistes et irréalistes pour aboutir à la conclusion : le nucléaire, cela conduit à la faillite d’EDF. Parmi les hypothèses irréalistes notons :
1- Les provisions nucléaires : les provisions pour démantèlement et pour déchets ne sont pas remises en cause par la cour des comptes cf. rapport « les couts de la filière nucléaire » : la cour des comptes se contente de souligner certaines incertitudes mais ses conclusions sont très éloignées des certitudes péremptoires du cabinet Alpha value.

2- Respect de la loi de transition énergétique et objectif de 50% de nucléaire
Fermer 17 réacteur d’ici 2025 soit 2 réacteurs par an est irréaliste d’un point de vue social au vue du nombre d’emplois concerné et irrationnel d’un point de vue économique (les centrales actuelles sont une source importante de revenus pour EDF). Il est déjà très difficile de fermer Fessenheim au plan social et financier. Par ailleurs, après fermeture, il faudra bien déconstruire les centrales. Comment imaginer un tel rythme de déconstruction, même s’il est décalé dans le temps ?
Peut-on remplacer des centrales fermées si rapidement par des renouvelables électriques ?
Alain Grandjean évalue le besoin en renouvelables à 100 gw pour un cout d’environ 150 milliards (hors cout de raccordement au réseau et moyens de gestion de l’adéquation offre/demande)
Selon Alain Grandjean, Cet effort, en si peu de temps, est hors de portée vu d’aujourd’hui et dans le cadre des dispositifs actuels de financement, de subventions des EnR et compte tenu en plus de la faible acceptabilité sociale de la hausse de la facture d’électricité qui en découlerait. Fermer 17 réacteurs d’ici 2025 cela ne se fera pas car c’est pratiquement impossible et irréaliste !
A titre de comparaison, cela fait 16 ans que l’Allemagne s’est lancé dans la sortie du nucléaire et n’a toujours pas fermé ses 16 réacteurs. Ainsi la France devrait parcourir le même chemin en 8 ans seulement sans recourir à des subventions énormes à EDF ? Cela a t-il du sens ?
Voici l’analyse D’Alain Grandjean :
https://alaingrandjean.fr/2016/01/11/50-de-nucleaire-en-france-un-objectif-realiste/
3- Les couts de démantèlement : On retrouve également la même hypothèse irréaliste de fermeture de 17 réacteurs en 2025 ce qui fausse le calcul des provisions pour démantèlement fait par alpha value. Il en résulte que le surcroit de provision prévu par Alpha value de 20 milliards n’est pas recevable (page 16). Par ailleurs, l’allongement probable de la durée d’exploitation aura un impact favorable sur les couts (cour des comptes rapport 2014). On relève qu’aucune comparaison avec des évaluations d’autres pays n’est faite par alpha value. Pourtant elles existent. L’OCDE, l’agence internationale de l’énergie, et le cabinet américain la guardia (spécialisé dans les opérations de démantèlement) se sont déjà livré à ce genre d’études. Ces études reposent sur des analyses techniques poussées.
Le rapport de la cour des comptes de 2012 donne une évaluation des couts de démantèlement avec les méthodes Américaines, anglaises, suédoises et anglaises. Cela aboutit à des évaluations de 20 à 46 milliards (en cout actualisé) et en moyenne de 33 milliards. Edf provisionne 19 milliards (2015). L’écart est donc assez modéré (10 à 15milliards en cout actualisé). On est loin de l’écart de 20 milliards calculé par Alpha value. Alpha value se contente de prendre pour référence 3 producteurs (dont ENGIE qui n’exploite pas de centrales nucléaires ou de manière marginale). Sa base de calcul est extrêmement fragile et peu probante car elle repose sur un ratio, méthode abandonnée par Edf car jugée trop approximative.
4- La dépréciation des actifs
Alpha value tire argument du fait que des opérateurs Allemands enregistrent de bien plus fortes dépréciations pour en conclure qu’EDF sous évalue gravement les dépréciations d’actifs. Cela ne tient pas car la décision allemande de fermer brutalement (en 10 ans) ses centrales impacte très négativement la valeur des actifs. Cela n’est évidemment pas transposable à Edf.
L’étude (pour EDF) repose sur la fermeture de 17 réacteurs d’ici 2025 soit 2 réacteurs par an ! Cela repose sur la loi de transition énergétique. Cette loi est t-elle pérenne ? Probablement non s’il y a changement de majorité en 2017.
Tous ces éléments invalident fortement la forte dépréciation calculée par Alpha value puisque l’étude dit clairement que la durée d’utilisation impacte fortement la valeur des actifs.
5- Bouclage de l’équilibre financier
Au niveau comptable : Alpha value prend toutes les hypothèses défavorables et parfois fausses en matière de dépréciation d’actif (cf supra) et de couts de démantèlement sur des périodes très courtes pour dégrader rapidement la situation comptable ce qui relève une fois de plus d’une présentation très orientée.
Au niveau trésorerie, c’est la même chose : on prend en compte la fermeture irréaliste de 17 réacteurs sur 8 ans avec toutes les conséquences négative sur le cash flow pour en conclure qu’EDF sera en quasi faillite. Cela ne tient pas : l’actionnaire ne laissera pas s’effondrer le premier électricien européen du fait de la fermeture anticipée et impossible de 17 réacteurs.
Enfin, EDF recevra des subventions pour fermer ses centrales : pour Fessenheim la loi de finance 2016 prévoie 446 millions pour cette fermeture. Cela n’est pas pris en compte par Alpha Value

6- Les 3 agences de notation (fitch/moody’s / S&P) note EDF A1, c’est mieux que les énergéticiens Allemands qui sont notés B : ils sont en mauvaise santé financière du fait des bouleversements générés par la transition Allemande.

Plutôt que de démontrer l’insolvabilité d’EDF cette étude démontre avant tout l’impossibilité du passage à 50% de nucléaire en 2025. Mais cela n’était il pas déjà évident ?
Qu’en pensez-vous ?

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