En mission sur le Rainbow Warrior au large de Fukushima

Cela fait cinq ans ce mois-ci qu’un tsunami meurtrier a frappé les côtes japonaises, endommageant dans son fracas les installations nucléaires de Fukushima. A l’occasion de ce triste anniversaire, nous avons décidé de lancer le mois dernier une importante étude sur la contamination des fonds marins au large de la centrale accidentée de Fukushima Daiichi, à bord du Rainbow Warrior III. L’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO) y apporte son assistance scientifique. Dans l’équipe, Mylène Josset, dont nous publions aujourd’hui le témoignage.

Recherche scientifique à bord du Rainbow Warrior, au large de Fukushima, février 2016  © Cornelia Deppe-Burghardt / Greenpeace
Recherche scientifique à bord du Rainbow Warrior, au large de Fukushima, février 2016 © Cornelia Deppe-Burghardt / Greenpeace

Quel est l’objectif de la mission conduite par Greenpeace sur le Rainbow Warrior ?

L’objectif est de réaliser une cartographie précise des niveaux de contamination en césium des fonds marins autour de la centrale accidentée.

L’accident de Fukushima a entraîné la plus grande pollution radioactive en mer jamais enregistrée. Celle-ci provient tout d’abord des rejets directs au moment de l’accident (au plus fort des émissions atmosphériques 80 % des rejets se sont dirigés vers l’océan), puis via les eaux de refroidissement constamment injectées dans les réacteurs de la centrale, dont une large partie s’infiltre vers les sous-sols puis vers l’océan Pacifique. Ensuite, il faut ajouter la contribution des rivières qui ont recueilli et recueillent encore les ruissellements des pluies chargées des pollutions radioactives suite au lessivage, au drainage des sols contaminés. En fait, chaque rivière est devenue une source d’apport en contamination marine.

Racontez-nous une journée type à bord du Rainbow Warrior pour cette mission ?

Au moment de vous répondre, nous sommes au large de Yotsukura, qui se situe à environ une vingtaine de kilomètres au sud de la centrale Fukushima Daichii. C’est notre premier objectif pour aujourd’hui. Nous jetons l’ancre. Nous sommes à quelques kilomètres des côtes. Tout est prêt. « Nemo », un mini sous-marin spécialement équipé pour ce projet est mis à l’eau.

Commandé depuis le bateau, il va plonger jusqu’à 25 mètres pour effectuer des mesures et faire des prélèvements. A l’aide de ses caméras, nous suivons sa progression sur deux écrans de contrôle. Après quelques minutes d’attente, le voici maintenant posé sur le fond sableux. Une mesure de la contamination est lancée grâce à un spectromètre gamma embarqué qui permet l’identification des éléments radioactifs présents, mais également leur quantification. Ensuite, grâce à son bras robotisé, « Nemo » effectue un prélèvement de sédiment – avant de remonter en surface.

A bord du Rainbow Warrior III - février 2016  © Mylène Josset
A bord du Rainbow Warrior III – février 2016 © Mylène Josset

Quels sont les résultats ?

Il est encore trop tôt pour le dire. Les échantillons de sédiments que nous récupérons vont être analysés au laboratoire indépendant japonais « Chikurin », fondé après la catastrophe avec le soutien de l’ACRO. D’ores et déjà, l’analyse directe réalisée par le spectromètre (un détecteur NaI) indique pour cette zone la présence de césium. La visualisation du spectre de la mesure sur notre écran montre en effet une contribution de rayonnement gamma provenant du césium-137 et du césium-134, qui représentent les deux principaux contributeurs de la pollution.

Quel est le but de ce travail scientifique ?

Notre but est de constituer une cartographie des fonds marins à proximité de Fukushima. Notamment parce qu’ils constituent un important réservoir de pollutions radioactives pour des dizaines et des dizaines d’années. En effet, le césium accumulé dans les sédiments peut ensuite se remobiliser au gré des courants, des tempêtes, contaminer la faune benthique (espèces des fonds marins) et s’accumuler via la chaîne alimentaire. Une catastrophe nucléaire touche tous les écosystèmes sur du long terme.

Quels sont les conséquences concrètes de ces pollutions ?

Les conséquences à moyen terme pour l’écosystème marin sont encore mal connues et certainement en devenir. Celles pour les pêcheurs de la région sont déjà dramatiques puisque de larges zones de pêche ont été interdites et les consommateurs n’achètent plus de produits issus de cette région.

Quelle est la suite de la mission ? Qu’allez-vous faire des résultats?

Cette étude va encore durer plusieurs semaines car il reste beaucoup de zones à investiguer au large de la centrale, et également au niveau des estuaires des principaux fleuves de la région. Les résultats seront publiés et permettront d’apporter une meilleure connaissance de la situation pour le milieu marin cinq ans après le début de la catastrophe. Une telle pollution est unique et l’on n’a donc pas de retour d’expérience sur son évolution.



Depuis le Rainbow warrior III,
Mylène JOSSET, ACRO

Vos commentaires

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9 commentaires pour « En mission sur le Rainbow Warrior au large de Fukushima »

Bonjour c'est pour vous souhaiter bon courage et bonne chance pour se que vous entreprenait pour la vie d'autrui vive la vie propre cordialement messieurs et dame

Le site de l'ACRO : http://acro.eu.org Voir aussi son site dédié à la catastrophe de Fukushima : http://fukushima.eu.org

bonjour
dans une zone proche de volcan , pourquoi ne pas jeter les déchets dans le cratère ? la radioactivité serait absorbée ? il n y aurait que le transport à gérer .

philoucrate peut être mais les je pense que une fois les déchets dans la lave , il y aurais quand même des réactions chimiques , ou bien même les gaz rejetterais quelque chose de nocif . Enfin je suppose ?

Je suis admirative de votre volonté et courage . Je suis votre actualité depuis longtemps et bravo pour votre pugnacité

Le gouvernement japonais ne devrait il pas donner les noms et les quantités journalières, des différents isotopes rejetés dans l'air de l'hémisphère nord et dans l'eau de l'océan Paciique. Ceci, pour le respect des populations de la planète et afin d'éviter le risque que les japonais soient considérés comme racistes.

EN AMONT SOUVENT ON DETRUIT SOUVENT FACE A UNE EXPLOITATION IRRESPONSABLE PROTEGEE PAR QUELQUE VAGUE CLOTURE -ENSUITE ON UTILISE SANS SE PREOCCUPER DE "DEMAIN" - DEMAIN C'EST AUJOURDHUI- QUE FAIT-ON APRES CES 5 ANS OU S'ECOULE TOUJOURS UNE EAU POISON INVISIBLE .....
MERCI (NON) A TOUS CES DECIDEURS QUI CONTINUENT A ERRER POUR ALLER OU ET
POURQUOI : LE PROFIT? LE POUVOIR ? ETC..- "TOUT LE BONHEUR DU MONDE" QU'ILS
NOUS DIRAIENT- MERCI A GREEN-PEACE -MEME FACE A LA GRAVITE DES SITUATIONS
ET LE PRESQUE DERISOIRE DE CES INDISPENSABLES ACTIONS - MERCI ENCORE
INDIGNONS NOUS COMME VOUS LE FAITE - BEAUCOUP TROUVERONT VOS ACTIONS
PARFOIS ..... DANS UNE SOCIETE OU PARFOIS LE MOT COURAGE EST DEPOSE
DANS UNE ANCIENNE OU NOUVELLE MINE DE L'OUBLI- QUI SE RAPPELLE UN JOUR
A NOUS - SENORES ,SENORAS BRAVO ET COURAGE. JO

Bravo pour votre courage et votre pugnacité, keep your head up et en avant !

Elodie

"Les conséquences à moyen terme pour l’écosystème marin sont encore mal connues et certainement en devenir. Celles pour les pêcheurs de la région sont déjà dramatiques puisque de larges zones de pêche ont été interdites et les consommateurs n’achètent plus de produits issus de cette région."

Bien sur qu'ils n'achete plus les produits issus de la mer devant Fukushima, car ils ecoute les "organisations independantes" qui travaille pour vous, GreenPeace, et qui font peur au gens en disant que le poisson "charge" avec plus de 100 Bq/kg de Cs-137 serait dangereux pour la sante, en sachant que le ton de l'ocean pacifique est "charge" avec 800 Bq/kg de potassium-40 naturel, et en polonium-210, lui aussi naturel.
Et vous faite senblant de vous etonner de la peur des japonais?
Utilisez plus la science et moins l'ideologie, ca serait un bon point de depart.

Il y a plein d'eutudes scientifique serieux sur la contamination de la nourriture issues de la region de Fukushima, il suffit d'aller sur PubMed, ici...

et taper "Fukushima" dans le champ de recherche... par example celui-ci:

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25532541

Environ Sci Technol. 2015 Feb 3;49(3):1277-85. doi: 10.1021/es505064d. Epub 2015 Jan 13.

"Radiological dose rates to marine fish from the Fukushima Daiichi accident: the first three years across the North Pacific."

... qui dit...

"A hypothetical human consumer of 50 kg of fish, gathered 3 km from the FDNPP in 2013, would have received a total committed effective dose of approximately 0.95 mSv a(-1) from combined FDNPP and ambient radionuclides, of which 0.13 mSv a(-1) (14%) was solely from the FDNPP radionuclides and below the 1 mSv a(-1) benchmark for public exposure."

Donc, en mangeant 50 kg de poisson peche dans la region, la dose totale supplementaire est bien en dessous de la dose maximale prevu par le gouvernement, qui est deja tres baisse.

Merci de publier ce message, donc je garderai une copie de l'ecran.

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