PPE : des erreurs à corriger d’urgence

Avec plus de six mois de retard, Ségolène Royal a enfin dévoilé son projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), à savoir le texte qui doit mettre en musique par décrets les dispositions inscrites dans la loi sur la transition énergétique (TE) votée l’été dernier. Las, l’histoire d’une longue procrastination se prolonge, prenant les traits d’une farce au goût amère.

Sur le chantier de l'EPR de Flamanville, en 2004  © Greenpeace / Pierre Gleizes
Sur le chantier de l’EPR de Flamanville, en 2004 © Greenpeace / Pierre Gleizes

Le gouvernement procrastine (encore)

Car si la Loi transition énergétique avait au moins le mérite d’inscrire noir sur blanc l’ambition de réduire la part du nucléaire dans le mix électrique français à 50% d’ici à 2025 contre 75% aujourd’hui, ce projet de PPE n’y répond en aucune manière. Or, cet objectif n’est pas une question annexe : en effet, si rien ne vient faire sauter le verrou du nucléaire, les énergies renouvelables ne pourront jamais se déployer massivement, faute de marché disponible. Il est donc impératif de sortir du nucléaire pour aller vers un monde renouvelable.

Première déception : cette PPE continue, dans la lettre, de procrastiner dangereusement sur la question des réacteurs à fermer. Elle renvoie en effet cette question à la seconde période de la PPE, soit 2019-2023. Le projet présenté comporte ainsi trois pages consacrées au nucléaire sur environ 300 pages.

Le projet présenté n’est pas cohérent

Ensuite, ce projet de PPE n’est pas cohérent avec les objectifs de la loi TE – c’est ce que nous expliquons dans une note d’analyse détaillée transmise au ministère de l’Environnement. Il reste quelques mois avant la publication du décret final (qui devrait sortir à l’automne) et nous demandons que les ajustements nécessaires soient effectués.

Pour atteindre un objectif de 50% de nucléaire en 2025, il faut prendre en compte deux variables : l’évolution de la demande domestique en électricité et l’évolution des exportations. On obtient ainsi les besoins de production à cette date. Or dans le projet présenté, aucune donnée fiable n’est donnée sur l’évolution de la consommation intérieure, et la part des exportations est artificiellement gonflée.

Ainsi, d’après nos calculs, le scénario du gouvernement nous mène à une part du nucléaire dans la production située entre 65% et 75% en 2023 – ce qui correspond à la fermeture de 2 à 12 réacteurs. Une hérésie car si la demande intérieure reste stable (ce qu’anticipe RTE) et la demande extérieure décroît, notamment sous la pression d’énergies renouvelables en plein boom partout dans le monde, ce sont au moins une vingtaine de réacteurs qu’il faudrait fermer pour rester dans les clous.

Des risques de sûreté

En outre, si l’on s’en tient au projet PPE actuel, il faudrait prolonger au-delà de 40 ans (leur durée de vie initialement prévue) un certain nombre de réacteurs, ce qui fait courir des risques de sûreté conséquents. Au moment où EDF et AREVA sont pris dans un scandale de pièces non conformes et dans une spirale économique négative, cette ambition entêtée paraît aujourd’hui nettement plus incertaine, aussi bien financièrement que techniquement, que le remplacement des réacteurs par un déploiement massif des énergies renouvelables. Rappelons que sur ce point, la France, qui se targue d’être l’artisan d’un accord historique sur le climat lors de la COP21, est largement en retard sur ses voisins européens.

Bref, le gouvernement doit rectifier le tir, et vite. La France a déjà trop perdu de temps et d’énergie avec l’atome, une technologie dangereuse devenue trop coûteuse.

Pour mieux comprendre, nous vous avons concocté une petite infographie (n’hésitez pas à la partager sur les Internets !) :

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Vos commentaires

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9 commentaires pour « PPE : des erreurs à corriger d'urgence »

tiens donc, on n'aurait pas de courage politique ? c'est vraiment nouveau, non ? Ségo va avoir d'"excellentes" raisons de justifier son texte, c'est sur.... ceci dit, elle n'est que la ministre de Valls, nommé (pas élu) par Hollande, chacun se refilant la patate chaude (et radioactive) pour ne rien faire. c'est désolant, le peu de confiance aux politiques se débine et c'est pas bon pour la suite (2017!)

Il ne sert à rien de vouloir réduire la production nucléaire (sauf baisse importante de la demande) ou augmenter la production éolienne ou solaire tant que l'on n'aura pas de capacités de stockage conséquentes.

La PPE et Greenpeace devraient se focaliser sur le déploiement de nouvelles Station de Transfer d'Énergie par Pompage, et sur la réduction de notre consommation de pétrole et de gaz naturel.

Le nucléaire viendra après, lorsque le nécessaire (pouvoir stocker) et l'urgent (réduire la conso de fossiles) auront été réglés.

Dans l’excellent journal "l'age de faire " du mois de Mai, un article parle des menace de procès envoyé par EDF contre le média "Le journal de l’énergie"
En effet ce dernier à publié une enquête sur les problèmes de sureté des centrales nucléaires du pays en s'appuyant sur des notes interne à EDF.
Par exemples six cents anomalies actives signalées sur les diesels de secours. Je vous invite a regarder cette articles sur www.journaldelergie.com.
EN solidarité avec le journal de l'énergie, qui risque de disparaitre en cas de procès,l'age de faire et sortir du nucléaire ont décidé de publier l'ensemble de l’enquête sur leurs site.
En espérant que greenpeace en face autant.

dans le cadre de la loi sur la transition énergétique
la méthanisation est une des voies choisie par le gouvernement français avec une fiscalité hyper attractive pour les financiers et autres affairistes.
cette option énergétique est en train de prendre le même chemin qu'en Allemagne, c'est à dire n'importe comment et avec n'importe qui.
a l'exemple de ce qui se passe dans mon village de 700 âmes où un soit-disant agriculteur souhaite profiter des déductions fiscales et aides financières en construisant une unité de méthanisation sous-couvert de projet agricole.
ce projet a été occulté durant 3 ans à la population et impacte 2 villages. Le pétitionnaire principal a été condamné en 2012 pour de multiples atteintes au droit de l'environnement. Son projet obscure et peu clair a fait l'objet de multitudes remarques par les citoyens. Des ZNIEFF de type I ont été écartées malgré la présence de chiroptères, d'écureuils roux et d’orchidées endémiques au site choisi. la destruction d'un chemin par son goudronnage, un PNR à 1km qui aura une vue directe sur ce pustule car positionné en amont. le tout pour couronner le dossier aurait été cautionné par Greenpeace.
en matière de transition énergétique tout ne peut pas être accepté. Surtout pas des projets motivés par la cupidité. laissons l'écologie aux vrais écologistes!

Pour compléter ce que dit Enoriel, un vrai projet de transition énergétique (je n'ai pas lu le PPE) devrait aussi contenir des propositions concernant la réduction de la consommation énergétique. Pour réduire la consommation énergétique, il faudrait commencer par se préoccuper des pertes d'énergies (je ne vous parle pas d'éteindre la lumière ou de réduire son chauffage en hiver bien que cela puisse être une solution). Deux sources majeures de pertes énergétiques sont la transformation d'énergie et le transport d'énergie. La transformation d'énergie, c'est (par exemple) le fait de faire de la chaleur (énergie thermique) avec de l'électricité (énergie électrique), c'est à dire une bouilloire ou une plaque électrique ou un radiateur électrique (sachant qu'au départ ils ont fait bouillir de l'eau pour faire tourner des turbines et produire de l'électricité...). Vous allez me dire mais il faut bien que je mange et que je me chauffe. En effet mais c'est oublié que le soleil fourni une quantité d'énergie thermique pas du tout exploité (je ne parle pas de panneau solaire photo-voltaïque mais de panneau solaire photo-thermique). Faire chauffer de l'eau (voir faire bouillir) de l'eau, c'est possible avec le soleil (et même pour les collectivités et même en hiver pour peu qu'on dimensionne correctement les installations). Je pourrais parler aussi de pompe à chaleur et de biomasse... Avec ce type d'installation l'énergie est produite là où elle est consommée donc très peu de perte sur le transport d'énergie. Vous me direz : pourquoi n'y a t-on pas pensé avant? Justement on y pense mais la production et la vente d'énergie c'est un business et si on se met à produire et à consommer notre propre énergie alors il n'y a plus de fric à se faire.
Je tiens également à attirer votre attention que le micro-éolien ça existe et que ça peut s'installer partout (quand je pense aux toits de tous ces bâtiments sans panneau photo-thermique et sans micro-éolien...)
Je tiens aussi à attirer votre attention sur l'impact environnemental du photo-voltaïque et de l'éolien "conventionnel". On ne sait pas du tout comment recycler les panneaux solaires (qui contiennent tout un tas de molécule complexes contenant des atomes de silicium). On ne sait pas d'avantage recycler les huiles de lubrifications (issues du pétrole je pense) des rotors d'éoliennes (sans parler des hectares de nature détruit pour les installer). Moi ça me fait grincer des dents quand on qualifie ces sources d'énergies, d'énergie renouvelable...
Je m'arrête là car je vais prendre trop de place dans les commentaires.

https://fr.scribd.com/document/319532723/Lettre-de-de-mission-de-Gerard-Magnin#fullscreen&from_embed

Un des administrateurs d'EDF vient de démissionner, voici sa lettre de démission, qui montre encore que le nucléaire a de toute façon de beaux jours devant lui.

Petite réponse à Cerise Joseph
J’ai le souvenir d’un écolo fraîchement converti qui venait se plaindre sur un site pour la promotion des énergies renouvelables du fait qu’on voulait installer des éoliennes près de chez lui.
Je ne puis m’empêcher de faire le parallèle avec votre commentaire
Je ne sais pas ce qu’est un ZNIEFF de type I ni un postule, ni un PNR, est ce propriétaire non rémunéré ?
Quelle est la longueur du chemin et son impact environnemental ?
A moment donné il faut bien exciter la cupidité quand les gens comme vous sont incapables de faire leur propre transition énergétique en transformant leur domicile en habitation à énergie positive

Attention au mirage des renouvelables, l'intermittence est encore très loin d'être surmonté.l'eolien et le solaire ne fonctionnent a plein régime que que 30% du temps : Il s'agit là de contraintes physiques et on est vraiment pas sur de pouvoir les surmonter par la technologie.apres 15 ans de transition le mix allemand repose toujours sur 60% de charbon/gaz/petrole et son bilan co2 est franchement mauvais. On a encore aucun exemple de pays en transition eolien/solaire qui soit exemplaire pour les emmissions de co2.nous sommes la dernière génération a pouvoir agir sur le réchauffement climatique et les emmissions de co2 sont tjs en expansion.sortir du nucléaire de façon accéléré serait totalement irresponsable vis à vis des générations futures.

Nous voici a nouveau bloques par le lobbying, c'est une veritable plaie ouverte ! Le seul exemple que je prendrais sur l'Allemagne est l'election a 2 tours, qui permet une meilleure representation de l'electorat. Dans l'intervalle il nous reste peu de leviers, si ce n'est la circulation de l'info et la promotion de notre role de consommateurs, qui est collectivement un pouvoir enorme. Entre un president qui lache du mou sur le nucleaire, et un ancien qui le jugeait inoffensif, nous voila bien representes. Personnellement, je viens de mettre en route un puits canadien dans une maison ou trone une clim reversible : conso 2014 (ancien proprio) 25 mw, conso 2015 : 2,9 mw car chauffage bois.

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