Centrale de Fessenheim : l’enfumage d’EDF qui retarde encore la fermeture

En subordonnant la fermeture de Fessenheim à la prolongation de trois ans du chantier de l’EPR de Flamanville et au redémarrage du réacteur nucléaire numéro 2 de la centrale de Paluel, EDF fait un tour de passe-passe qui lui permet de repousser encore l’échéance de l’indispensable fermeture de la plus vieille centrale du parc nucléaire français.

Mardi dernier, le Conseil d’administration d’EDF se réunissait pour se prononcer sur la convention d’indemnisation prévue entre l’Etat et EDF concernant la fermeture d’une des plus vieilles et plus dangereuses centrales de France : Fessenheim. Une décision cruciale qui devait enclencher la procédure de fermeture de la centrale.

Coulisses d’un marchandage

Manifestation de 60 militants de Greenpeace venant de 14 pays différents devant la centrale de Fessenheim.
Manifestation de 60 militants de Greenpeace venant de 14 pays différents devant la centrale de Fessenheim.

En imposant des conditions pour retarder cette fermeture, EDF ne fait que reculer pour mieux sauter. Et entretemps, elle plombe ses finances et joue avec la sûreté nucléaire : rien ne l’oblige plus en l’état actuel des choses à fermer Fessenheim.

La première de ces conditions ? EDF ne lancera pas la procédure officielle de mise à l’arrêt de Fessenheim tant qu’elle n’aura pas l’autorisation de prolongation du chantier de l’EPR de Flamanville jusqu’en 2020. Un chantier qui est au plus mal : l’EPR de Flamanville a du plomb dans l’aile et les dérapages de calendrier font exploser la facture. Ainsi, le chantier a déjà cinq ans de retard et son coût devrait dépasser les 10,5 milliards d’euros, soit presque trois fois plus que le devis initial.

En novembre dernier, EDF demandait déjà à prolonger à 2020 le décret d’autorisation de création de Flamanville 3, tout en s’obstinant à prétendre que la mise en service commencerait en 2018. Un calendrier intenable, notamment en raison de malfaçons sur la cuve de l’EPR. Une pièce inapte à la mise en service puisqu’elle comporte des anomalies sérieuses : les calottes du couvercle et du fond de la cuve du réacteur présentent un excès de carbone.

EDF a par ailleurs conditionné la fermeture de Fessenheim au redémarrage du réacteur 2 de Paluel, arrêté après un accident de chantier. Un redémarrage qui pourrait ne jamais arriver compte tenu des dommages importants sur le réacteur qui pourraient entraîner des coûts rédhibitoires pour EDF et contraindre l’ASN à opposer son véto.

Pour la fermeture de la centrale de Fessenheim, l’État français offre enfin à EDF une indemnisation de 490 millions d’euros. Voilà un très beau cadeau, surtout si l’on rappelle que cette installation qu’on indemnise ne pourra peut-être plus fonctionner. L’un des deux réacteurs est à l’arrêt depuis juillet 2016 à cause d’une anomalie majeure. Par ailleurs, l’ASN pourrait ne pas donner son accord pour que Fessenheim aille au-delà de sa durée d’exploitation prévue, fixée à 40 ans.

L’histoire d’une promesse non tenue

Photo : @Adrien_Captain
Photo : @Adrien_Captain

La manœuvre permet au passage au gouvernement de donner l’impression qu’il tient ses promesses : la fermeture de Fessenheim avait en effet été promise par le candidat François Hollande il y a cinq ans. La décision du Conseil d’administration d’EDF est-elle aussi « équilibrée et progressive » que le dit la ministre chargée de l’énergie, Ségolène Royal ?

Plus d’un an que les signatures des ministres français étaient promises sur ce dossier : le gouvernement a su se faire désirer. C’est seulement maintenant, à la veille des élections présidentielles, que sa réponse arrive. Le groupe EDF compterait-il sur l’après-présidentielle et les promesses de ceux qui souhaitent maintenir l’activité de la centrale pour mettre à nouveau le problème Fessenheim sous le tapis ?

La publication par le ministère de l’Environnement et de l’Energie du décret qui lancera la procédure de mise à l’arrêt définitive des deux réacteurs de Fessenheim semble toujours aussi lointaine.

EDF court à sa perte…

Les conditions exigées par le Conseil d’administration d’EDF concernant la fermeture de Fessenheim repoussent l’échéance aux calendes grecques. Elles sont inacceptables et n’ont aucun fondement légal.

Elles sont d’abord inacceptables pour des raisons de sûreté. La centrale de Fessenheim n’est pas épargnée par les déboires que connaît le parc nucléaire français : une anomalie a été détectée sur le réacteur 2 (et ampute la production depuis des mois), ainsi qu’un cas de falsification. Ce réacteur 2, à l’arrêt depuis plus de sept mois, n’est pas près de redémarrer, étant donné la gravité de l’anomalie. En effet, la pièce concernée est un générateur de vapeur, composant essentiel des réacteurs nucléaires.

Avec cette nouvelle reculade, EDF reste sourde aux demandes de nos voisins européens, préoccupés par la vétusté de nos centrales. Des inquiétudes qu’on ne saurait leur reprocher : Fessenheim est soumise à un risque sismique et située au-dessus de la plus grande nappe phréatique européenne.

Ces conditions sont aussi financièrement absurdes : les crises que traverse EDF, en situation de faillite, devraient inviter ses dirigeants, Jean-Bernard Lévy en tête, à des décisions plus rationnelles. L’analyse des bilans financiers du groupe le montre : prolonger les réacteurs coûtera plus cher que de les fermer. Fermer Fessenheim contribuerait à mener l’entreprise vers un modèle économiquement et socialement soutenable : c’est maintenant le meilleur investissement qu’EDF puisse faire.

La grande perdante de l’histoire reste la transition énergétique. Les fermetures de Fessenheim et d’autres réacteurs en France ne menaceront pas l’approvisionnement du réseau électrique. Bien au contraire, elles permettront d’accélérer le développement massif des énergies renouvelables, désormais moins chères que le nucléaire. Elles accélèreront également une transition énergétique elle-même génératrice de nombreux emplois.

Crise au sein du groupe EDF, vieillissement des centrales, multiplication des anomalies et falsifications, retards qui s’accumulent et factures qui explosent pour le nucléaire alors que les énergies renouvelables n’ont jamais été aussi compétitives : tous les indicateurs montrent que la fermeture des réacteurs français est inéluctable. Il s’agit par ailleurs d’un choix stratégique pour la transition énergétique comme pour EDF : il permettrait de redonner un souffle au groupe et à ses salariés.

Vos commentaires

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15 commentaires pour « Centrale de Fessenheim : l'enfumage d'EDF qui retarde encore la fermeture »

Comme d'habitude Greenpeace s'occupe des réacteurs français sans s'occuper des réacteurs allemands et des centrales à lignite.
Vous prétendez que les centrales sont dangereuses, mais elles ont été régulièrement mises à niveau comme la loi les y obligent et sont donc plus sûres qu'à la date de leur construction
Vous prentendez qu'EDF est en faillite, mais si EDF est endetté c'est surtout parce qu'il a investit dans de nombreuses entreprises et qu'il construit des énergies renouvelables comme vous l'appelez de vos vœux mais à l'étranger
Vous êtes pour l'écologie mais vous ne vous occupez pas du charbon allemand.
Vous indiquez qu'il y a des défauts dans les installations mais vous omettez de donner les coefficients de sécurité de ces installations qui sont justement la pour couvrir ces défauts.
Il y a en ce moment une grève dans les centrales françaises, vous pourrez certainement constater l'impact sur le secteur énergétique européen qui sans les centrales françaises et du fait de l'intermittence des renouvelables risque de connaître quelques frayeurs
Essayez donc d'avoir un minimum d'objectivité

Pour ceux qui souhaiteraient détourner le regard des centrales nucléaire française et soupçonnerait Greenpeace de fermer les yeux sur les centrales à charbon allemande... j'invite à une très courte recherche.
Vous trouverez alors plusieurs publications et action de GP contre le charbon, en Français. Et si vous voulez particulièrement vous pencher sur la question, vous trouverez une campagne entière sur le site de Greenpeace Allemagne.
Greenpeace veut faire progresser la transition énergétique partout dans le monde, mais les campagnes pour y parvenir s'adapte des deux cotés du Rhin aux particularités nationales.

Et les frayeurs sur le réseau électrique Français sont plus lié au choix politique du chauffage électrique massif pour lequel EDF achete l'électricité au charbon allemande, car notre nucléaire bien de chez nous n'a jamais su y répondre.

"Essayez donc d'avoir un minimum d'objectivité"

@Wikimobile.
Bravo pour votre commentaire, qui nous change des arguments sans fondement rabâchés depuis des années par le lobby anti-nucleaire.....
Oui a la transparence, la vraie, pas celle de quelques alarmistes..!

une fois de plus, EDF tente de tordre le bras au gouvernement (portant farci de pro-nuke) et à l'ASN. Chantage habituel, négo de bas étage, tout est bon pour ne pas avoir tort, tant que l'Etat paie (avec nos sous!). Triste constat, et les candidats sont tous pour le nucléaire, sauf Jadot et Hamon (Méluche un peu?)...

@ wikimobile et Ekolo : vous avez forcément raison : EDF n'est pas endetté pour la mise à niveau des centrales, l'EPR est un succès de qualité et délai des travaux, Hinkley Point est un investissement sûr . Accessoirement, Areva est en pleine forme, tant technique que financière. Dites-moi si j'ai bien compris.

Pour revenir sur les questions posées:
L'endettement d'EDF n'a rien à voir avec le nucléaire français : EDF a acheté des entreprises à l'étranger, en Angleterre, en italie, en Pologne, EDF construit du renouvelable en Amérique du Nord etc...et supporte le renouvelable en France en rachetant l'électricité renouvelable sans que l'état n'augmente la cspe pour compenser l'augmentation des coûts de cette production, ce qui l'oblige à compenser par de l'endettement en attendant le remboursement de la dette de l'état
Ça c'est la réalité
Ensuite, sur Fessenheim, même si les coûts de mise à niveau étaient supérieurs au démantèlement, ce n'est pas pour çela que ce n'est pas rentable de maintenir la centrale. La comparaison de ces coûts est une hérésie économique, ils n'ont rien à voir l'un avec l'autre. Il faut un cerveau de demeurés pour penser qu'il y a un lien économique entre ces deux notions. Avec ce même principe on enverrai à la casse toutes les voitures plutôt que d'en effectuer la maintenance: ou est l'écologie là dedans.Par contre remplacer Fessenheim par du solaire, çela coûtera plus cher aux français, la c'est sur.
Enfin, pour ce qui concerne le chauffage électrique: il faudra bien que tout le monde s'y mette pour réduire les gaz à effet de serre y compris en Allemagne et pas que pour le charbon mais aussi pour le gaz. Donc le chauffage électrique c'est l'avenir...avec des pompes à chaleur evidemmment. Et ce sera pareil pour les voitures thermiques, il faudra bien les remplacer par de l'électrique.
Pour finir, je suis ecolo, j'ai une pompe à chaleur nucléaire, une zoe nucléaire, un vélo électrique nucléaire. Si tous les militants de Greenpeace en faisaient de même au lieu de critiquer le nucléaire, le réchauffement et la pollution seraient moindre.

merci Wiki, grâce à toi je rajeunis ! je retrouve tout le baratin des années 70 sur le tout électrique donc nucléaire... sais-tu que le Monde a changé depuis ? qu'on peut utiliser la géothermie, la biomasse (méthanisation, filière bois) ? Bien sur, avec tes bras musclés tu sauras gérer les déchets pour les 100,000 ans à venir, et pour pas cher, non ?

La question n'est pas sur les déchets nucléaires ou alors on ne parle pas d'écologie: les déchets nucléaires sont gerables: ils ne se répandent pas dans l'atmosphère, il sont stockables. La preuve, ils sont déjà dans les centrales nucléaires !
Par contre ce n'est pas le cas du co2 et notamment de la biomasse. Quand à la géothermie, elle est nucléaire, il lui faut de l'électricité pour fonctionner
Enfin, vous semblez être effrayé par la radioactivité, mais sachez que la radioactivité est ce qui maintient la terre à température ambiante, la terre est un immense réacteur nucléaire qui transforme l'uranium radioactif en plomb en émettant notamment du radon qui lui est beaucoup plus dangereux que les déchets nucléaires des centrales, il se dégage des sols et vous le respirez.
Quant à la géothermie, essayez de faire fonctionner une voiture à la géothermie.

donc : pas de pb de déchet ? Les dizaines de milliards dépensés pour Bure devraient alors être économisés, c'est une bonne nouvelle ! Et hop, sous le tapis. Sans aller jusqu'à la ressource islandaise (élec et hydrogène partout), la géothermie permet le chauffage, la production d'électricité (pour la voiture!), même si en France peu d'argent y a été consacré et c'est dommage (aurait-on préféré dépenser pour le nucléaire pourvoyeur de plutonium?). Enfin Wiki vos raccourcis de physique viennent-ils d'Areva?

@LeeRoy :"Et les frayeurs sur le réseau électrique Français sont plus lié au choix politique du chauffage électrique massif pour lequel EDF achete l'électricité au charbon allemande, car notre nucléaire bien de chez nous n'a jamais su y répondre."

Si on regarde les données RTE de production la semaine du 23/01/2017 où il faisait très froid, les réacteurs nucléaires injectaient tous les jours environ 56 GW de puissance sur le réseau français (sur 63 GW maximum), soit une disponibilité de près de 90%. Donc ce que vous dites est faux, le nucléaire a parfaitement su répondre aux besoins du au chauffage électrique.
Et si vous regardez les puissances échangées avec l'Allemagne sur cette même période (sur le site intraday-capacity.com), vous constatez que globalement la France a massivement exporté son électricité vers nos amis Allemands, notamment le soir et la nuit. Donc merci de vérifier avant de dire des conneries

@poltox: d'après vous poltox d'où vient la géothermie ? Des réactions nucléaires qui transforment l'uranium en plomb dans le manteau terrestre et qui réchauffent la terre et la rendent vivables. Je ne vais pas faire un cours de physique, mais lisez un peu et vous sauriez que sans les réactions nucléaires dans le manteau, la terre serait gelée. C'est même grâce à la teneur en isotopes du plomb issu de réactions nucléaires que l'on arrive à calculer l'âge de la terre...donc vous voyez même votre géothermie est d'origine nucléaire. Par contre, essayez de produire de l'électricité avec de la géothermie et vous verrez que ce n'est pas facile: c'est la raison pour laquelle on n'investit pas dedans, c'est physiquement très compliqué et très cher donc infaisable à l'échelle des besoins que nous avons. C'est la tout le drame des solutions simplistes des écolos bon teint, la physique chez les grecs c'est ce qui limite la capacité à faire. Dommage mais c'est la physique.

A tous les commentaires sur Greenpeace et le charbon allemand, il faut quand même observé que greenpeace France s'occupe de ce qu'il se passe en France et que le charbon allemand est dénoncé par greenpeace allemagne, une simple recherche par exemple : http://www.greenpeace.de/themen/energiewende/fossile-energien/kohlekraftwerk-jaenschwalde

Oui mais alors pourquoi Greenpeace France ne s'occupe pas aussi de l'Allemagne: qu'est ce qui est le plus important: le fait que les français ont du nucléaire comme les allemands d'ailleurs ou que les allemands produisent deux fois plus de co2 par habitant que les français et donc ne font pas leur transition énergétique alors que nous l'avons fait il y a 40 ans?
On a l'impression que Greenpeace a comme activité de dénoncer tout et n'importe quoi et ne s'attache pas à ce qui est vraiment important. C'est çela qui m'exaspère.

@ wiki : si je me rappelle bien mes cours de sciences, la chaleur interne de la Terre, effectivement due à la radioactivité du manteau, est le moteur de la tectonique, interne . D'accord ? La planète serait gelée si elle était + loin du soleil, notre chauffage climatique, externe ! Bon ? Ainsi Mars est figée (tectonique) ET gelée (loin du soleil), Mercure figée ET fournaise pour les mêmes raisons. De plus intervient l'effet de serre, globalement positif (mais oui!) sur Terre. Cela n'empêche pas de constater sa diabolique augmentation depuis 1 siècle... C'est bon, docteur Wiki ?

pour moi (qui suis électricien en bâtiments) l'énergie nucléaire vas à ça perte, par-ce-que ça coûte moins cher d'arrêter maintenant que de continuer: le nucléaire si un jour une centrale saute, où autre problème ça coûte très cher c'est pas une énergie d'avenir pour moi une énergie d'avenir c'est au moins les barrages, (hydraulique) éolienne, solaire (bon courage !)

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